Pelure d’onion #1 : « Le pacifiste armé»

Je vais poursuivre mon récit et vous expliquer comment je suis effectivement devenu un Casque bleu, en retirant la première couche de connaissance (Pelure d’oignon) appelée « Le pacifiste armé».

 
Compte tenu de mes expériences éducatives et culturelles postsecondaires, ainsi que des réactions mondiales suite au 9/11, et tout particulièrement avec la guerre d’Irak, j’étais aux aguets sans vouloir m’étiqueter comme un pacifiste, dans les premières années de ma vingtaine. Je me suis intéressé à des moments historiques ainsi qu’à des personnages tels que le leader du mouvement moderne de la non-violence, Mohandas Gandhi qui a déclaré : « Il l’y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir, mais aucune pour laquelle je suis prêt à enlever la vie d’un autre. » Même le grand Albert Einstein a dit : « Dans l’ensemble, je crois que la vision de Gandhi est la plus éclairée de tous les hommes politiques de notre époque. Nous devons nous efforcer d’agir en ce sens … ne pas recourir à la violence dans la lutte pour notre cause, ou plutôt ne pas participer à ce que nous croyons, comme étant le mal. » Avec ces dirigeants éclairés favorisant un tel discours de la non-violence, il n’y avait rien de surprenant à ce que je décide de suivre leurs discours presque aveuglément, qui plus est avec mon jeune âge. En examinant l’œuvre de J.D. Salinger, qui a écrit un des livres qui ont marqué mon adolescence l’ « Attrape-cœurs », on retrouve une vue contradictoire à celle de Gandhi et beaucoup d’autres après lui. Dans le livre, le protagoniste Holden Caufield est présenté par ce qui avec la situation suivante de son professeur, « la marque de l’homme immature est celle de quelqu’un qui veut mourir noblement pour une cause, alors que la marque de l’homme mature est qu’il veut vivre humblement pour une cause. »  Le paradoxe soulevé ici est complexe pour un jeune esprit et il n’est pas simple de comprendre et de donner un sens à l’ensemble de ces propos. Ils sont presque des polars opposé d’un de l’autre. Il y a d’une part, l’inexistence absolue d’une cause à la fin de la vie d’autrui et, d’autre part; il n’y a que croyance de Gandhi d’être « immatures », surtout en ce qui concerne la légitime défense. J’ai nommé ce paradoxe le « Dilemme du pacifiste ».

C’est à l’occasion de mes voyages à travers l’Israël et les territoires palestiniens, en Jordanie et en Égypte que j’ai commencé à modifier mes habitudes de pacifiste en sillonnant ces territoires historiquement conflictuels. J’ai visité la région, connue sous le nom de « Camp Canada » dans le Sinaï. Le contingent canadien de la FUNU, premières forces de la paix des Nations unies à avoir été déployées dans la région, y était en effet stationné.

3248749010_6af632e91b_bJe voulais marcher dans leurs pas parce que les Canadiens qui sont envoyés en mission sur ce territoire ont un rôle noble au nom du Canada. Rappelons ce que Dag Hammarskjöld, Secrétaire général des Nations unies qui a mis en œuvre l’initiative FUNU de Lester B. Pearson, a dit : « Le maintien de la paix n’est pas le travail d’un soldat, mais seul un soldat peut le faire. »

 

 

C’est lors de mon trajet en taxi de 14 heures de Sharm El Sheikh (Égypte) à Rafah (Égypte) où les contingents du « Camp Canada » sont situés, et durant la Jumu’ah (prière du vendredi islamique) que mon opinion actuelle sur la non-violence a commencé à se préciser. J’ai commencé à me remémorer les enseignements de « Karatédo Shorinjiryu de Kenshin », un style d’art martial dérivé d’une des plus anciennes formes de karaté (art martial de l’Okinawa), que j’ai pratiqué lorsque j’étais au secondaire. Shihan Masayuki Hisataka, fils du fondateur du Shorinjiryu Kenkokan Karatedo, a été nommé pour représenter le Japon à « l’Expo 67 » : « L’homme  et son monde » à Montréal. Après l’Expo 67, il est resté à Montréal pendant plusieurs années afin de transmettre son art à ses nouveaux disciples. Un de ses élèves a été mon professeur au secondaire. Il a par la suite, à son tour, guidé mon instruction jusqu’au grade de ceinture brune noire que j’ai obtenu avant de quitter l’école secondaire.

Sous la direction de mon professeur du secondaire, j’ai appris que ce style de karaté avait été développé par les moines de Shaolin de bouddhisme Zen. C’était un véritable art de vivre qui visait principalement à se défendre contre les animaux et les bandits lorsqu’ils se déplaçaient d’un temple à un autre afin de méditer. Le style de karaté enseignait l’humilité avec confiance et courage et l’autodéfense dans le respect de la vie et de la réserve. Il est prouvé que lorsque nous sommes en paix avec nous-mêmes et avec les autres, en pleine possession de notre corps et de notre esprit, nous pouvons de ce fait réaliser nos engagements envers nous-mêmes et envers la société. L’introduction au bouddhisme à travers la pratique du karaté a nourri ma curiosité et m’a amené à explorer ces philosophies.

Je lisais le passage suivant de « Ce que les bouddhistes croient » du Dr K. Sri Dhammanada pendant mon parcours vers le « Camp Canada » quand j’ai commencé à envisager une solution au « Dilemme du pacifiste » :

3248806292_d010dcf6f5« Les bouddhistes ne devraient pas être les agresseurs même lorsqu’ils protègent leur religion ou tout autre objet. Ils doivent tenter de faire de leur mieux afin d’éviter tout acte violent. Parfois, ils peuvent être forcés d’entrer en guerre avec d’autres qui ne respectent pas le concept de la confrérie de l’homme telle qu’enseignée par Bouddha. Ils peuvent être appelés à défendre leur pays contre une agression externe, et tant qu’ils n’ont pas renoncé à la valeur de leur vie, ils sont tenus de se joindre au combat pour la paix et la liberté. Dans ces circonstances, ils ne peuvent pas être condamnés pour être devenus des soldats ou s’impliquer dans la défense. Cependant, si tous les gens suivaient les conseils de Bouddha, il n’y aurait aucune place pour la guerre dans ce monde. Il est du devoir de toute personne cultivée de trouver tous les moyens possibles pour régler les différends de manière pacifique, en bannissant toute tentative de nuire à ses frères humains. »

En réponse au « Dilemme du pacifiste » mentionné auparavant, je m’intéresse au moine Zen bouddhiste Shaolin qui a croisé les bandits et les animaux tout au long de son parcours. Par nécessité, le moine Zen Shaolin a appris comment se défendre, de la même façon que les soldats canadiens apprennent à préserver la paix. N’importe quelle école de pensée, quand il s’agit du débat « inné vs acquis », considère que ces « bandits et animaux » sont soit nés de cette façon (inné) ou bien qu’ils ont appris à le devenir en raison de leur « environnement » (acquis). Le reste de la société n’a pas d’autre alternative que de faire avec ces « bandits et animaux » le long des différents moments durant trajets individuelles vers le pacifisme absolu.

L’idéal d’un monde absolument démilitarisé est présentement loin dans le futur et devrait y rester. Aussi longtemps qu’une personne dans le monde détiendra la capacité de nuire gravement à autrui, et à ceux qui sont sans défense, un besoin de défense adéquate pour contrer cette menace potentielle sera nécessaire. En outre, une capacité à se défendre doit toujours être accompagnée par une recherche active et vigoureuse de la « Conscience de soi » afin de prévenir les origines de la violence à l’intérieur de soi-même et envers les autres. Quand le jour viendra où nous comprendrons pleinement toutes les motivations de la violence et où nous seront en mesure de les supprimer préventivement, alors seulement ce jour-là, nous pourrons commencer à exprimer nos intentions de démilitarisation absolue.

Ce sont ces événements historiques ainsi que mes expériences de vie qui m’ont amenés à m’enrôler dans les Forces canadiennes comme officier d’infanterie, afin que je puisse un jour être envoyé en tant que Casque bleu – l’exemple des temps modernes du « Pacifiste armé ».

 

La théorie de pelure d’oignon de la connaissance – le Prequel

 

‏(traduire par ma copine, Isabel Rainville)

”Sak pase” (Créole haitïen pour « Que ce passé t’il »),

Les prochains entrées de blog portera sur les origines de la mission de maintien de la paix des Nations unies en Haiti et plus de detail a mon sujet pour ceux qui veulent en savoir plus.  Le sujet sera développé lors des prochains entrées de blog qui peut être considérée comme une série de films et par conséquent, le titre de celui-ci sera, « The Prequel » (le reste du titre sera expliqué à la fin de cet entrée de blog). Et il commence comme ainsi.

Le chemin qui m’a amené à devenir un casque bleu de la paix pour les Nations Unies a commencé lorsque j’étais au Cégep Vanier à Montréal. Après avoir décidé de ne plus étudier en Sciences de la nature, j’ai décidé de m’aventurer dans l’inconnu en optant pour des études en Sciences humaines. Auparavant, en raison de limitations, ma compréhension du monde se limitait principalement à mon quartier de Saint-Michel et de ses environs.

On peut rarement séparer notre penchant initial pour un sujet du professeur. Mon professeur était vraiment captivant et avait tout ses élèves accroché à ses paroles. Avec des années d’expérience dans l’enseignement en sciences politiques, il traitait chaque cours comme un peloton d’infanterie ; armer ses « soldats » dans le sens du devoir civil et moral afin des préparer à affronter les injustices du monde, ainsi que celle chez soi. Mais, avant qu’il nous permette d’aller en « bataille » sur les plaines de l’injustice, il a veillé à ce que nous ayons compris “qui nous étions” en tant que Canadiens et d’où nous venons. L’idée est aussi vieille que les inscriptions dans le vestibule du Temple d’Apollon à Delphes où l’un des nombreux Proverbes situés à l’Inner Temple de Louxor « se connaître soi-même ». Et apprend sur nous-mêmes, le Canada et notre place dans le monde, ce que nous avons fait.

Notre salle de classe à l’époque était composée d’étudiants qui sont nés pendant les années « perdues » soit entre la Generation X qui s’est terminée vers 1979 et  génération Y a commencé vers 1983. J’ai surnommé ces Canadiens « perdues » comme étant les « enfants de la Charte » puisqu’ils sont nés à l’époque du rapatriement de la Constitution canadienne, qui comprend la Charte canadienne des droits et libertés. Pour les « enfants de la Charte » qui sont nés dans la Province du Québec, comme moi, ils ont vécu une enfance dans les quartiers des familles déchirées par référendum. Où nos pères, Pierre Trudeau et René Lévesque avec des querelle politiques étalées sur les tables de nos maisons, puis dans les rues des grands centres urbains du Québec.

Retour en classe, avec la deuxième Intifada en éruption entre les Israéliens et les Palestiniens au tournant du XXIe siècle, mon professeur a lié ses origines à la « crise de Suez » et l’utilisation de la Force d’urgence des Nations unies (FUNU). En 1956, FUNU a été la première force de maintien de la paix des Nations unies jamais déployée, et elle a été créée afin de maintenir la paix entre l’Égypte et l’Israël (conflit connu comme étant la « Crise de Suez »). La proposition est originaire de cette époque, du ministre canadien des affaires extérieures, Lester B. Pearson. Plus tard, le très honorable Lester B. Pearson, le dernier premier ministre a avoir servi dans les Forces canadiennes, a reçu un prix Nobel de la paix pour son rôle dans la création de la Force de maintien de la paix des Nations unies. Ensuite, nous lisons sur les atrocités que nous fumes témoins au cours des missions de maintien de la paix des Nations unies, tel que celle au Rwanda avec les premières lignes du front du commandant de la Force, le Lieutenant-général canadien renommé (ret) Roméo Dallaire. Nous avons également appris sur la première force multinationale envoyée à Haïti, de 1993 à 1997, après le coup d’État militaire qui a renversé le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide pour la première fois.  C’était la Mission de maintien de la paix des Nations unies qui existaient avant la mission actuelle de maintien de la paix de l’Organisation des Nations unies (ONU), dite de la MINUSTAH, qui a débuté en 2004.

Ma passion d’apprendre et d’appliquer ma citoyenneté du monde par le biais de travaux internationaux est née.  Allumant la mèche de la lampe qui m’a guidé sur le chemin qui ma conduit là où je suis aujourd’hui. Et puis, il y a eu le 9/11 et la flamme qui était allumée a commencé à scintiller dans l’obscurité de ces années qui ont suivi. Le monde qui m’avait été  enseigné dans mes cours de sciences politiques, le jour avant l’événement a cessé d’existé. Avec beaucoup d’autres segments de la société, les jeunes nord-américains ce  promenaient dans un territoire inexploré. Les « enfants de la Charte » sont nés dans un pays où l’humain, les droits étaient protégés par la Charte canadienne et ont cru qu’un monde de réconciliation pacifique était possible. Ils sont entrés dans l’âge légal avec des ambitions de poursuivre le travail des générations précédentes de Canadiens favorisant la protection des droits fondamentaux de la défense par le biais de leur poursuite brûlant des idéaux dans la participation du Canada aux organisations internationales, tel que l’ONU. Au lieu de tout ça, les « enfants de la Charte » ont faient face à un environnement national et mondial accrue de violations des libertés et des droits de l’homme. Newsweek Magazine a appelé les jeunes âgés de 10 à 20 sur le 11 septembre 2001 comme «génération 9/11», un sous-groupe qui coïncide avec les «enfants de la Charte».

Ce sous-groupe très canadien n’a jamais vraiment été examiné selon mes savoirs. La description est le résultat d’une enquête sur les origines de mes positions politiques et idéologiques, un exercice que j’ai effectué, il y a quelques années en arrière et qui est toujours en cours. Elle remonte à l’idée « se connaître soi-même » qui est aussi vieille que l’Antiquité elle-même. Il est également à l’origine de « La théorie de la pelure d’oignon de la connaissance » où grâce à l’utilisation d’un oignon comme une métaphore d’une transenne de systèmes de connaissances, on peut comprendre comment l’information sur soi-même et sa relation avec le monde. J’ai découvert que j’ai commencé à mieux comprendre les interactions entre les différents systèmes et les croyances, les plus que  j’ai enlevé des couches de l’oignon et le plus que j’étais proche, je suis arrivé à «me connaitre moi-même » ce que signifiait pour ma communauté, mon pays et ma place dans le monde.