«Sempre pronto pela paz» (Toujours prêt pour la paix)

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Pour débuter et afin de se préparer à notre mission, le contingent canadien a suivi une formation sur les opérations de soutien de la paix, en plus d’apprendre à parler le portugais, lors d’un séjour d’entraînement au Brésil.

Le tout a débuté le 23 janvier 2013 au Fort Duque de Caixas, près des fameuses plages de Copacabana, Rio de Janeiro, où nous avons suivi un cours de langue portuguaise jusqu’au 3 mars, plus ensuite réçu une formation de deux semaines au CCOPAB (Centre d’opérations brésilien pour le maintien de la paix) afin que nous puissions aider les militaires, policiers et personnel civil brésilien et des pays amis à servir au sein de missions de paix et des missions humanitaires.

 

Le contingent canadien fut ensuite déployé du 12 avril au 3 mai à Cuiabá, Brésil afin de s’entraîner pour terminer la préparation du bataillon brésilien tout en nous préparent à servir au sein de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Pour le peloton canadien, cet exercice dans les villes de Cuiabá et de Várzen Grande représentait tout un défi. Il nous a fallu apprendre de travailler, en tant qu’entité intégrée à une armée étrangère, tout en exerçant les différentes tâches d’une mission de paix, comme les patrouilles, l’établissement de points de contrôle, l’escorte de VIP, diverses activités sociales dans une école, etc.

 

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Finalement, le 21 juin dernier, le déploiement du contingent canadien de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) se déploya en Haïti.
Le contingent canadien était composé d’un peloton d’infanterie de 30 personnes du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment (2 R22eR) et de quatre officiers d’état-major. Le peloton était sous le commandement du Capitaine Nicholas Payne avec l’aide de l’Adjudant Éric Dugas. S’y ajoutaient les quatre officiers d’état-major soit le Major Frédéric Harvey du 1er Bataillon du Royal 22e Régiment, le Capitaine Michel Gagnon du 12e Régiment Blindé du Canada, le Capitaine Ken Brassard du 2e Bataillon du 22e Régiment et de moi-même, le Lieutenant Anthony Di Carlo des Fusiliers Mont-Royal. Le peloton s’est intégré au 18e Contingent de l’Armée brésilienne en Haïti (BRABAT 18).
IMG_00000493Notre arrivée en Haïti s’est très bien déroulée. Le BRABAT 18 nous attendait avec impatience. Les premiers jours, il fallut apprendre une multitude de règles d’engagement, les ordres permanents de la force opérationnelle, suivre des cours de conduite, etc. Nous n’avons éprouvé aucune difficulté relative à la température élevée car nos installations, au Camp Charlie étaient de première classe et incluaient une piste de course de 1,5 kilomètre autour du camp, un gymnase de bonne qualité, des courts de tennis, un terrain de soccer, un autre de basketball tandis que nos chambres étaient climatisées.

Le début des opérations de notre peloton se sont bien déroulées. Les chauffeurs canadiens ont dû rapidement s’adapter à la conduite chaotique que constitue la traversée des rues de Port-au-Prince.

L’horaire typique d’un soldat canadien était étalé généralement sur trois jours. La première journée consistait à faire la garde de camp ou toute autre tâche administrative (par exemple, décharger les camions de nourriture de la cafétéria ou escorter du personnel vers l’aéroport). La deuxième journée était consacrée aux patrouilles de présence dans notre zone de responsabilité d’environ 5 kilomètres carrés. Celle-ci s’étendait sur le littoral à l’ouest de la ville de Port-au-Prince. Les patrouilles duraient en moyenne quatre heures, mais lorsque nous arrivions sur les lieux d’un incident (par exemple lorsque nous constations présence d’un blessé ou d’un cadavre), elles pouvaient se prolonger de plusieurs heures. De plus, à quelques reprises, nous avons effectué deux patrouilles par jour. La troisième journée était consacrée au repos. On en profitait pour aller au gymnase, courir, ou écouter des films.

L’intégration des Canadiens au reste du contingent brésilien n’aurait pas pu être meilleure qu’elle l’a été. Presque chaque semaine, les compagnies brésiliennes organisaient un barbecue de fraternisation, afin d’augmenter l’esprit de corps des sous-unités. Le dimanche, chaque peloton organisait, chacun son tour, le traditionnel « souper pizza ». Le 14 juillet, ce fut le tour du peloton canadien. Nous avions décoré la salle aux couleurs du Canada, servi de la pizza « nord-américaine » et agrémenté la soirée de vidéos montrant à nos camarades brésiliens des parties de hockey ainsi que d’autres montrant nos confrères canadiens à l’oeuvre en Afghanistan.

 

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Mon rôle consistait à être responsable de la planification, de la coordination, de l’implémentation et de la comptabilisation de plusieurs projets. Pendant notre séjour en Haïti, nous avons réussi à compléter deux projets majeurs que nous avions entrepris, soit l’installation des lampes à l’énergie solaire et fournir des filtres à eau à la population du quartier Cité-Soleil, le secteur le plus pauvre des Amériques. Les lampes permettent d’assurer qu’il y ait davantage d’éclairage dans les rues pendant la nuit, ce qui a pour effet de réduire les crimes, parce que c’est plus facile de voir ce qui se passe. Les filtres à eau permettent d’offrir de l’eau potable à la population et aussi de la protéger du choléra qui sévit dans ce pays. Dans le quartier Cité-Soleil, souvent les enfants haïtiens venaient nous voir. Quand ils apercevaient le drapeau canadien, ils couraient vers nous parler. Je pense que l’impact des Canadiens sur le terrain était assez bon.
Le contingent canadien est revenu au pays le 26 novembre 2013, après une mission de paix de cinq mois et demi en Haïti. Nous avons brossé un bilan positif de ce déploiement en sol haïtien. Nous avons également le sentiment que notre mission fut réussie. Ce ne fut pas facile. Il y avait longtemps que l’Armée canadienne n’avait pas participé à une mission de la paix. Les missions du maintien de la paix sont très différentes de celles menée par les Forces canadiennes en Afghanistan. La mission en Haïti impliquait d’avoir à travailler étroitement avec la Police nationale d’Haïti et la police des Nations unies.

Les Canadiens ont également évolué en étant intégrés à un bataillon de l’Armée brésilienne; une collaboration que nous avons qualifiée d’excellente. À propos de la mission des Nations unies en Haïti, ce sont les Brésiliens qui ont le plus d’impact sur le terrain étant donné que cela fait presque dix ans qu’ils œuvrent dans ce pays. Ce sont eux les experts pour tout ce qui touche l’Haïti. Nous, les Canadiens, sommes arrivés là avec nos expériences de l’Afghanistan et de la Bosnie. Nous avons énormément appris des Brésiliens. Ils ont une culture militaire légèrement différente de la nôtre, mais en fin de compte, l’armée, c’est l’armée, on a tous la même mission et on a accompli énormément de travail ensemble.
Travailler avec une armée étrangère peut être difficile, mais très enrichissant. Travailler dans une langue étrangère et ne pas être compris peut devenir frustrant, mais ça m’a permis de développer mes aptitudes interpersonnelles dans un environnement multiculturel. Je suis très fier d’avoir pu renouer avec la tradition des Casques bleus canadiens à Haïti. L’expérience permet de montrer que les soldats ne sont pas là seulement pour se battre, mais aussi pour aider la population.

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Rappelant ce que Dag Hammarskjöld, l’ancien Secrétaire général des Nations unies qui a lors de la création de la Force d’urgence des Nations unies, (FUNU) le premier déploiement de gardiens de la paix, avait dit « Le maintien la paix n’est pas le travail d’un soldat, mais seul un soldat peut le faire. »
La création de la FUNU est dûe à l’initiative de l’ancien premier minister du Canada, le Très Honorable Lester B. Pearson, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères et chef de la délégation du contingent diplomatique canadien à l’Organisation des Nations Unies (ONU) à l’époque. Le 2 novembre 1956, lors de la Crise de Suez, Monsieur Pearson avait déclaré à l’Assemblée générale de l’ONU: « Nous devrons agir non seulement afin de mettre fin à la guerre, mais aussi pour rétablir la paix. Mon gouvernement serait heureux de recommander la participation canadienne à une force internationale des Nations Unies. » Monsieur Pearson avait réçu le Prix Nobel de la Paix pour cette initiative.
Ces jours-ci, la population canadienne demande que les Forces canadiennes reviennent vers ce type de mission. Je suis heureux d’y avoir pris part.
Comme le dit la devise du BRABAT 18: « Sempre pronto pela paz » (Toujours prêt pour la paix).

Anthony Di Carlo
Lieutenant

 

 

 

 

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