Pourquoi j’ai choisi de devenir Casque bleu

Le 21 juin a marqué l’anniversaire de mon départ pour Haïti en tant que gardien de la paix. Cette année m’a permis de faire un retour sur cette expérience et sur ce qui m’a motivé à adhérer aux Forces canadiennes et à faire partie d’une mission de maintien de la paix des Nations Unies. Un besoin de « me connaître moi-même » s’est manifesté au plus profond de moi lorsque j’essayais de comprendre le monde autour de moi. Au cours de cette dernière année, je me suis rendu compte que plus je comprenais les interactions entre mes diverses croyances et expériences personnelles, plus je me rapprochais de « me connaître moi-même » et de ce que cela signifiait pour ma communauté, mon pays et ma place dans le monde.

Ma curiosité m’a immédiatement porté à me tourner vers ma paroisse d’enfance, laquelle fut fondée par des missionnaires qui ont su dépasser les limites territoriales conventionnelles, par-delà les frontières raciales, culturelles, linguistiques et religieuses. C’est dans ce lieu que j’ai appris les enseignements de Jésus Christ : « Bénis soient les artisans de la paix : ils seront appelés les enfants de Dieu ».

La paroisse a accueilli le mouvement des scouts, où j’ai appris les trois grands principes au fondement de sa philosophie : le devoir envers soi-même, le devoir envers son pays et le devoir envers autrui. Le devoir envers soi-même incite à mener une vie intègre, à rester « entiers » dans nos propos et nos actions, et à faire preuve de force de caractère. Le devoir envers notre pays nous encourage à devenir des citoyens modèles, à poursuivre l’ « excellence » pour notre pays, le Canada, et à respecter la loi. Le devoir envers autrui nous invite à appliquer le principe de « traiter les autres de la même façon que l’on voudrait se faire traiter ».

De même que les trois étoiles de la ceinture d’Orion ont été utilisées comme moyen d’aide à la navigation par les explorateurs au cours de leurs traversées maritimes, l’intégrité, l’excellence et le service m’ont servi de « boussoles morales ».

Ces valeurs m’ont guidé lors de mes études postsecondaires où je me suis plongé dans des questions relatives à la politique, aux sciences économiques ainsi qu’aux nombreuses idées révolutionnaires. Mes sujets d’étude au Cégep Vanier et à l’Université de McGill étaient plutôt axés sur la science politique, les finances et l’économie. Toutefois mon véritable objectif de recherche demeurait focalisé sur les idées, les concepts et vérités qui émancipent et renforce l’esprit, et qui nourrissent l’esprit critique. C’est au travers de mes études personnelles sur le bouddhisme que j’ai découvert le concept du « guerrier spirituel », qui est une personne qui affronte courageusement l’ennemi universel : l’ignorance. Le devoir par excellence du « guerrier spirituel » est de « se connaitre ».

Afin de faciliter cette entreprise, je me suis physiquement, émotionnellement et spirituellement plongé dans l’histoire des grandes villes d’Europe après ma graduation. Je me suis également questionné sur les enjeux du Moyen-Orient et j’ai découvert l’interdépendance culturelle des Amériques et les réalités politiques d’Asie du Sud. Je ne le savais pas à cette époque, mais ces voyages m’ont permis de découvrir de nouvelles cultures et de nouvelles terres, tout en découvrant qui j’étais et quelle était ma place au sein de ma communauté et de mon pays.

Dag Hammarskjöld, secrétaire général des Nations Unies à l’origine de la proposition de Lester B. Pearson quant à la création d’une force de maintien de la paix, a dit la chose suivante au sujet du service :

« L’explication de la manière dont l’homme devrait s’engager activement sur le plan social, en parfaite harmonie avec lui-même, en tant que membre de la « communauté d’esprit », que j’ai trouvé dans les écrits de ces grands mystiques médiévaux pour qui se sacrifier était le moyen de se réaliser soi-même et qui avaient trouvé dans la « force de l’esprit » et l’ « intériorité » la force de dire oui à toutes les exigences auxquelles les besoins de leurs voisins les invitaient à faire face, de même que la force de dire oui à chaque destin qui leur été réservé lorsqu’ils suivaient l’appel du devoir, tel qu’ils l’avaient perçu. »

Dès le début de leurs missions, les soldats de la paix ont dû rapidement apprendre la relation complexe qui existe entre le maintien et le rétablissement de la paix. En effet, tant et aussi longtemps qu’une possibilité de violence existe, une forme organisée de prévention et de défense est nécessaire. De plus, la capacité de se défendre pour un Casque bleu doit s’accompagner d’une poursuite active et vigoureuse de la « conscience de soi », afin de prévenir les origines de la violence. Rétrospectivement, Dag Hammarskjöld a reconnu que « le maintien de la paix n’est pas le travail d’un soldat, mais seul un soldat peut le faire. »

Tout au long de mon séjour en Haïti, je me suis assuré d’intégrer les valeurs d’intégrité, d’excellence et de service à l’ensemble de mes actions.  Le point de départ de cette expérience a été d’appliquer inlassablement une éthique et intégrité professionnelle dans tous les projets que j’ai entrepris parmi lesquels, l’installation de lampadaires à énergie solaire et de systèmes de filtrage d’eau à Cité Soleil, le bidonville le plus démuni et le plus dangereux des Amériques.  La planification, la coordination et la mise en œuvre de tels projets exigeaient de persévérer vers l’excellence. Il était en effet empiriquement démontré qu’un meilleur éclairage dans les rues pendant la nuit ainsi que l’accessibilité à l’eau potable pour contrer le choléra aidait à réduire de façon significative la violence dans le bidonville de Cité Soleil. J’ai consacré par ailleurs mon temps libre à lever les fonds requis pour équiper adéquatement les établissements scolaires. Plus de $20,000 de dons en argent et matériels scolaires ont permis d’éviter que les jeunes ne se retrouvent dans les rues ou dans la criminalité. Tout cela s’est avéré décisif pour le maintien de la sécurité dans une région si propice à la violence.

En menant une profonde investigation sur moi-même, j’ai découvert que mes apprentissages académiques ainsi que mes longs voyages m’avaient amené à m’engager dans les Forces canadiennes et à être déployé, par la suite, comme soldat de la paix. Mon expérience de maintien de la paix fut une mise en pratique de mes connaissances acquises et développées au cours de mon éducation académique et de ma quête personnelle de  « moi-même ». Les valeurs d’intégrité, d’excellence et de service m’ont dirigé et guidé et ont constitué ma raison d’être dès lors que j’ai compris qui j’étais et quel était mon potentiel pour contribuer au changement positif. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de servir ma communauté et la communauté internationale à titre de Casque bleu, soldat de la paix avec les Nations Unies.

Leave a Reply