Pelure d’oignon #2 : L’appel au devoir

Dans mon article précédent, j’ai retiré la première couche de pelure d’oignon en dévoilant ma position sur la non-violence et en expliquant en quoi elle était issue de mes expériences de vie, et de mon interprétation des faits historiques. Ce positionnement est fondé sur un ensemble de valeurs, l’une d’entre elles étant le « devoir ». Les valeurs ne sont pas innées. Un système de valeurs, de même que la conscience de soi se construisent au fil du temps au travers de trois éléments: notre expérience de vie, de socialisation ou notre éducation familiale. J’ai déjà montré de quelle manière mes expériences de vie ont façonné mon sens du « devoir » en faisant de moi un gardien de la paix. La prochaine couche de pelure d’oignon intitulée l’ « Appel au devoir », visera à décrire le processus de socialisation qui m’a amené à Haïti.

Au cours de mes voyages à travers les déserts des villes historiques du Moyen-Orient et d’Europe, un sens aigu du « devoir » a commencé à s’enraciner progressivement à l’intérieur de moi. Il a réellement fait surface lors de mon vol-retour à Montréal alors que je documentais mes pensées, mes expériences et émotions de voyage. J’ai écrit que j’avais découvert à quel point le Canada était extraordinaire au tournant du XXIe siècle, à quel point il était respecté dans le monde entier et possédait un immense potentiel. Au cours de mon voyage, mon passeport et moi avons été accueillis avec un profond respect pour ce pays et ses citoyens. Malheureusement, j’ai aussi remarqué que la base sous-jacente qui permettait aux Canadiens de se démarquer dans le monde commençait à revêtir une tonalité différente. En conséquence, une identité canadienne a commencé à se former en moi, mais j’étais incapable de la définir précisément.

À mon arrivée à Montréal, je me suis tourné vers les écritures de José Martí, un des plus grands écrivains d’Amérique latine. Parmi ses citations célèbres : « Un homme « vrai » ne s’attarde pas à regarder où l’on vit mieux, mais plutôt où se trouve le devoir ». J’ai décidé d’intégrer ce sens du « devoir » à toutes les facettes de ma vie. Ce serait ma tentative personnelle de « suivre le chemin ». Vivre et respirer tout en respectant les valeurs communes qui lient tous les aspects de ma vie. Comme décrivait Gandhi, « Si nous pouvions changer nous-mêmes, les tendances dans le monde changeraient également. Lorsqu’un homme change sa propre nature, le monde change d’attitude envers lui… Nous n’avons pas à attendre de voir ce que les autres feront. » Le sens du devoir qui s’est alors imposé à moi allait devenir un « Appel au devoir » par l’intermédiaire d’un processus de socialisation. Je m’explique.

La socialisation est le processus par lequel les enfants et adultes apprennent mutuellement l’un de l’autre. Selon un professeur de sociologie de l’Université de Caroline du Sud Beaufort, « Notre socialisation primaire permet d’expliquer une grande partie de qui nous sommes à l’heure actuelle — ce que nous pensons et sentons, et où nous projetons d’aller dans la vie. Mais nous ne sommes pas pour autant limités par les choses qui nous sont données par nos expériences d’apprentissage social préalables. Nous avons toute la vie pour orienter notre futur apprentissage social vers ce que nous souhaitons. Plus nous en savons sur le processus de socialisation, et plus nous pouvons engager notre futur apprentissage dans la voie qui sera la plus avantageuse pour nous. »

Puisque nous ne pouvons pas choisir nos parents, nous avons très peu de contrôle sur les premières années de notre socialisation (10 à 20 ans). La plupart des gens apprennent à orienter leur propre socialisation à travers des expériences de vie. J’ai, de ce fait, établi un « chemin » pour m’aider à comprendre quelles compétences seraient plus efficaces pour axer mon processus de socialisation vers les objectifs que j’estimais le plus. Ce « chemin » a été mon « Appel au devoir ». De même que les trois étoiles de la ceinture d’Orion étaient utilisées pour aider les explorateurs à naviguer à travers les mers, j’ai choisi de suivre un processus de socialisation qui intégrerait les trois valeurs suivantes pour répondre avec force à mon « Appel au devoir » : l’Intégrité, l’Excellence et le Service.

La valeur d’« intégrité » (ou parfois « honneur » certaines organisations) ne garantit pas que les décisions que je serai amené à prendre seront nécessairement les « bonnes ». Elle illustre plutôt mon engagement à mener une vie morale, par-delà l’intérêt personnel. Une fois cette valeur assimilée, l’intégrité se manifestait au travers de ma volonté d’agir en vertu de mes principes, par opposition à ceux qui ne le faisaient pas et. C’est dans cette perspective de placer le principe d’intégrité au cœur de mon processus de socialisation et de l’intégrer à ma profession, que j’ai été assermenté dans les Forces canadiennes à titre d’officier d’infanterie pour le régiment de réserve de l’armée, Les Fusiliers Mont-Royal. Parallèlement à mes débuts dans la sphère militaire, j’ai débuté dans le domaine civil en qualité de comptable professionnel agréé (CPA). J’ai également travaillé en tant que auditeur pour le cabinet comptable international PricewaterhouseCoopers (PwC).

Notre statut d’auditeur, requiert une objectivité irréprochable. Il nous faut non seulement agir de façon indépendante, mais aussi préserver notre position de personne incorruptible à travers nos actions et nos intentions. J’ai choisi d’être un CPA car ce sont des professionnels de confiance, reconnus pour leur excellence, leur intégrité, leur objectivité, leur sens du devoir professionnel et de l’intérêt public. Soit dit en passant, j’ai choisi de servir mon pays à titre d’officier des Forces canadiennes en respectant les principes d’honneur et de service, ainsi que les valeurs, croyances et attentes qui reflètent les principales valeurs militaires que sont le sens du devoir, la loyauté, l’intégrité et le courage. Ces orientations professionnelles préméditées ne font pas seulement écho aux liens existants entre mes valeurs personnelles et celles des professions militaires et civiles que j’ai exercées. Elles sont surtout le reflet des valeurs fondamentales canadiennes.

Pour récapituler, j’ai expliqué comment mon « Appel au devoir » qui a fait de moi un Casque bleu pour les Nations Unies est né de mes expériences de vie, en particulier au cours de ma vingtaine. J’ai ensuite analysé comment cet « Appel au devoir » s’est traduit dans les manifestations quotidiennes d’un processus de socialisation comprenant les valeurs suivantes : l’Intégrité, l’Excellence et le Service. Enfin, j’ai également montré comment j’en suis venu à choisir des professions qui requièrent un sens de l’intégrité, pour rester en accord avec mes valeurs. La prochaine couche de pelure d’oignon s’intitulera « Le guerrier spirituel ». J’y développerai et illustrerai les principes d’ « excellence » et de « service ».

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