St. Léonard, l’immigration italiénne et leur mémoire collective

Thanks to my friend Rym Achour’s undergraduate paper on Italian immigration in Montreal for the Department of Geography for UQAM (Université de Québec à Montréal), I present to you the following blog entry. According to my personal experiences, growing up and walking the neighbourhood, it is a fresh explanation for how and why my surroundings came to be and the direction it might be heading in. Enjoy!

INTRODUCTION

L’immigration a toujours joué un rôle capital dans l’Histoire du Canada, notamment au 20ème siècle. Depuis cette période les immigrants qui se sont établis dans toutes les régions du pays l’ont enrichi; la même prospérité et les mêmes progrès, que l’ont connaît aujourd’hui, n’auraient pas été enregistrés sans cet apport. Dans le même sens, la ville de Montréal est un territoire d’accueil très connu à travers le pays. En effet la plupart des immigrants se dirigeant vers le Québec se sont installés dans la ville de Montréal. Cette région métropolitaine rassemble de nombreuses origines ethniques depuis le début des premières vagues d’immigration au Canada. Les ethnies établies dans la ville depuis deux à trois générations ont édifié et gravé leurs marques sur le territoire montréalais. L’appropriation du territoire s’est effectuée de plusieurs façons; que ce soit par la construction de commerces propres à leur culture ou par la mise en place de lieux cultes, d’institutions, d’hôpitaux….le marquage du territoire est perceptible sur le terrain. Aujourd’hui, Montréal est une ville cosmopolitaine, riche de cultures et d’histoires.

À travers les années, une mémoire collective s’est construite dans les quartiers de Montréal. Cette mémoire est relative à la question du souvenir et de la transmission, elle est le lien entre la mémoire Historique et la mémoire individuelle. Selon Mme Géronimi, professeur de géographie à l’UQAM, la mémoire collective est différente de l’Histoire, elle se définit comme un souvenir collectif de deux à trois générations. Cela nous amène à nous questionner sur plusieurs aspects: Par quels moyens s’approprie-t-on l’espace et le temps dans l’édification de la mémoire collective? Comment la mémoire portée par des groupes, parties ou associations peut-elle agir sur des représentations individuelles?Comment passe-t-on de la multiplicité des représentations à la mémoire collective?

Le quartier St Léonard est un bon exemple de l’appropriation du territoire par une communauté culturelle : celle des Italiens. La mémoire collective des Italiens est clairement perceptible à travers le quartier. Lors de ce travail, nous examinerons et analyserons le quartier St Léonard à l’aide de l’enquête archivistique, de terrain et de dossier de presse.

Nous étudierons principalement la présence presque majoritaire des Italiens dans ce quartier. Nous répondrons également à des interrogations qui suscitent notre attention : Pourquoi les Italiens sont-ils arrivés très tôt à Montréal par rapport aux autres immigrants? Comment et pour qui le quartier St Léonard a été construit ? Pourquoi les Italiens ont-ils décidé de venir migrer à Montréal?

Dans un premier temps nous verrons donc l’histoire du quartier St Léonard; pour ensuite nous pencher sur l’histoire des immigrants italiens. Enfin nous verrons comment s’est forgée la mémoire collective des italiens dans le quartier.

1. HISTORIQUE DU QUARTIER SAINT LÉONARD

• Configuration
Le territoire de Saint-Léonard s’étend sur 13,7 kilomètres carrés dans le secteur nord-est de l’île de Montréal et est bordé au nord par l’arrondissement de Montréal-Nord, à l’est par l’arrondissement d’Anjou, à l’ouest par celui de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension et au sud par ceux de Rosemont-La Petite-Patrie et de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.
Traversée de part en part, d’est en ouest, par l’autoroute métropolitaine, l’agglomération léonardoise est pourvue de trois grandes artères routières : Viau, Langelier et Lacordaire, qui la sillonnent du nord au sud et la relient rapidement aux autres arrondissements de Montréal.

Entre ces voies rapides s’intercalent des îlots de quartiers résidentiels. L’aménagement des rues de ces quartiers a été conçu de façon à préserver les caractères paisible et sécuritaire des lieux.
Tout ce réseau routier compliqué possède donc le double avantage de permettre, d’une part, au trafic automobile d’être drainé rapidement vers les autoroutes du Québec et, d’autre part, de conserver la tranquillité dans les quartiers résidentiels.
Le secteur industriel occupe une bande de terrain en forme de ” L ” située dans le pourtour nord-est de la localité.
Les deux grands secteurs commerciaux qui caractérisent Saint-Léonard s’alignent le long des rues Jean-Talon et Jarry.
Enfin, les zones résidentielles occupent la majeure partie du territoire et ce sont des maisons de type duplex, triplex et quintuplex et des bungalows qui prédominent. Les bâtiments en hauteur demeurent une rareté à Saint-Léonard.

• Histoire
En 1721, le Nouvelle France reconnaît l’existence d’une localité connu sous le nom de la Cote Saint léonard. En 1886, la Paroisse de St-Leonard-de-Port-Maurice est bâtie; le premier maire Louis Sicard est élu dans la même année . En 1915 la municipalité de la Paroisse de St-Leonard-de-Port-Maurice devient Ville Saint Léonard. En 1962 St-Léonard choisit sa première devise « Res non verba » (des actions et non des paroles). De 1963 à 1980, St-Léonard devient Cité de St -Léonard pour revenir finalement Ville de St-Léonard. En 2001 la ville Saint Léonard devient un quartier de Montréal dans le cadre du plan de fusionnement.

Aujourd’hui Saint-Léonard rassemble plus de 71 000 personnes (archives de la ville de Montréal, 2001) , dont une majorité de souche française alors qu’une bonne proportion provient d’Italie et de pays anglophones. St-Léonard se différencie par la composition pluriethnique de sa population mais aussi par son dynamisme socio-économique et culturel.
De 1886, année de sa fondation, à aujourd’hui, l’histoire de Saint-Léonard se divise en trois grandes périodes importantes :

De 1886 au milieu des années 1950
Cette période est commandée par la vie rurale. La communauté léonardoise est stable et homogène. Le nombre total d’habitants évolue peu : la population passe de quelques centaines d’habitants en 1886, à 326 en 1921, et à 925 en 1956 (BIZIER, 1886). Elle est composée de Canadiens français, catholiques, qui tirent l’essentiel de leurs revenus des travaux agricoles. Les voyageurs s’aventurant à Saint Léonard durant ces années pouvaient admirer des terres cultivées, une rue principale, la rue Jarry et une église.

De 1955 au milieu des années 1970
Ce sont les années les plus mouvementées de l’histoire de Saint-Léonard : les chantiers de construction d’habitations familiales s’accroissent; la population se multiplie(les Léonardois sont 925 en 1956 et 52 040 en 1971); les élus municipaux doivent intervenir dans la planification et le contrôle du développement.

Cela débute par l’initiative d’un groupe de Montréalais rassemblés dans la Coopérative d’habitation de Montréal, qui décident d’acheter une terre à Saint-Léonard : la terre Renaud, qui occupe aujourd’hui le secteur des rues Aimé-Renaud, des Artisans, Alphonse-Desjardins, la Place des Fondateurs et des rues avoisinantes, pour y construire un vaste ensemble domiciliaire mis en place selon les principes d’organisation coopérative. Cette action permettra à 655 travailleurs à revenus modestes d’avoir accès à la propriété et d’élever leur famille en banlieue.

Ce grand chambardement domiciliaire concorde avec deux autres événements majeurs :
-D’une part l’arrivée en grand nombre d’une population de néo-Canadiens d’origine italienne, qui va modifier la dynamique sociale et enrichir la communauté léonardoise au plan humain, social et culturel;
-D’autre part l’élaboration d’un plan d’urbanisme, qui va façonner le territoire de Saint-Léonard et lui donner l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui.

De la fin des années 1970 à aujourd’hui
Les années qui suivent le boum domiciliaire vont être employées à la consolidation. Saint-Léonard achève son plan d’urbanisme, complète l’aménagement de son territoire, améliore ses services à la population, adopte des politiques d’intervention sociale pour répondre à des besoins liés au vieillissement de la population et à de nouvelles réalités sociales.
Ce temps est aussi marquée par la diversification du tissu social et humain de la ville de Saint-Léonard. Aux Canadiens français et aux Léonardois d’origine italienne, se joignent des néo-Canadiens provenant de divers pays.

• Armoiries
(Note. Les armoiries ont été dressées pour la Ville de Saint-Léonard avant la fusion avec la Ville de Montréal et le changement de statut juridique.)

La forme
Se voulant à priori le reflet des racines françaises, l’écu français est l’élément de base des armoiries de la Ville de Saint Léonard. Son champ, divisé en partitions, forme le tiercé. Chaque partition a son thème particulier.
-La partie senestre rappelle le passé de la Ville.
-La croix, surmontée de la fleur de lys, nous rappelle qu’à l’origine Saint-Léonard était une communauté confessionnelle canadienne française.
-La partie dextre démontre la détermination de cette ville pour l’harmonie et l’équilibre entre l’écologie et l’environnement social et économique.
-La partie de la pointe suggère l’activité de notre passé et le soutien de notre avenir.
-La couronne murale démontre l’autonomie de la Ville de Saint-Léonard
-La symbolique de ces armoiries se résume par la devise « RES NON VERBA » qui peut se traduire par « Des actions, non des paroles ».

Les composantes
Écu français : nos origines
Trois partitions : tiercé
Feuilles d’érable : symbole d’appartenance au Canada
Partie senestre (gauche)
Croix : communauté confessionnelle
Fleur de lys : origine française
Gerbe de blé et céleri : origine rurale
Partie dextre (droite)
Arbre : urbanisme et écologie
Usine : environnement économique
Couronne murale : autonomie
Partie de la pointe
Castor : activités passées, présentes et futures
Banderole
« RES NON VERBA » : « DES ACTIONS, NON DES PAROLES »

2. HISTORIQUE DE L’IMMIGRATION ITALIENNE

De la fin du 19ème siècle jusqu’aux années 1970, près de 650 000 Italiens ont choisi le Canada comme pays d’immigration. Les deux tiers de ces immigrants italiens sont arrivés après 1947. Ils étaient attirés par le besoin impératif de main-d’œuvre d’un Canada jeune en plein développement qui offrait des emplois et des salaires plus élevés qu’en Italie. De plus, les politiques canadiennes d’immigration étaient plus ouvertes qu’ailleurs. Dans le fond, l’objectif principal des immigrants italiens au Canada a été d’améliorer le statut socio-économique de leurs familles.

L’immigration italienne au Canada date de très longtemps, on remonte à l’époque de Christophe Colomb lorsque le premier Italien à se rendre au Canada était Giovanni Caboto ou en français Jean Cabot. Celui-ci a exploré les côtes de Terre-Neuve en 1497. Néanmoins, même s’ils sont arrivés au Canada il y a longtemps, les Italiens installés ici étaient à peine 2000 en 1881. Un peu plus tard, près de 26 millions d’Italiens ont quitté l’Italie pour immigrer dans plusieurs régions du globe.(RAMIREZ, 1984, p.13) En fait, les problèmes politiques en Italie sont des éléments déclencheurs qui sont à l’origine de cette période d’immigration italienne. Les causes de cet exode sont principalement d’ordre politique et économique. Puisque les industries se sont longtemps concentrées dans les régions nord-ouest de l’Italie, le développement industriel de plusieurs régions rurales était négligé et celles-ci étaient dans un état de sous-développement chronique. L’instabilité politique et économique de l’Italie après son unification entre 1859 et 1870 a amené les Italiens à aller s’installer ailleurs. À cette situation, on ajoute les pillages des deux grandes guerres qui n’ont fait qu’empirer les temps difficiles en Italie. Conséquemment, un bon nombre d’Italiens ont choisi d’émigrer.

De plus, la pauvreté et la surpopulation au Sud incita les Italiens à vouloir sortir de la misère et trouver un travail ailleurs où l’économie est plus prospère. C’est à la fin du 19e siècle que commença une immigration en provenance de l’Italie Sud, cette première vague d’immigration massive se situe entre 1900 et 1913. Ils se dirigeaient vers la construction des chemins de fer, les mines et les camps de bûcherons pour se trouver un travail. Durant cette période, près de 60 000 Italiens s’établirent au Canada.
La majorité de ces immigrants italiens étaient des jeunes hommes arrivant des États-Unis. Ce furent les possibilités d’emploi offertes ainsi que la forte demande de main d’œuvre par les compagnies de chemin de fer du Canadien Pacifique et du Canadien National et par la Dominion Coal qui les attirèrent. Toutefois, lorsque la Première Guerre mondiale a débuté en 1914, cette période d’immigration en provenance de l’Italie se termina.

La seconde phase de l’immigration italienne se situe entre les années 20 et le début de la deuxième guerre mondiale. La reconstruction du pays après la première guerre mondiale et le redémarrage économique du pays relancèrent l’immigration italienne. Les Italiens se dirigèrent massivement vers les États-Unis, l’Amérique du Sud et le Canada. Au début des années 1920, les Italiens du Sud apparurent au Canada par milliers, profitant d’un vaste réseau de parents et d’amis qui les parrainaient. Après la Première Guerre mondiale, ce n’était plus seulement le jeune célibataire qui immigrait. On comptait parmi les nouveaux arrivants presque autant de familles et de femmes que d’hommes. L’émigration était si populaire dans ces mêmes années que le gouvernement fasciste de Mussolini adopta une loi pour l’interdire entre 1924 et 1929. (RAMIREZ, 1989) Lorsque la Grande Crise éclata en 1929, le Canada cessa pratiquement d’accueillir des immigrants. La communauté italienne, dépendante du travail à la pièce et manuel, beaucoup souffrit au cours de cette période.

De plus, lorsque la guerre éclata et que l’Italie conclut un pacte d’alliance avec l’Allemagne, les Italo-Canadiens furent considérés comme des « sujets d’un pays ennemi ». La situation des Italiens s’envenima, ils furent victimes de racisme et de discrimination dans certaines situations. De peur d’être perçus comme des individus malsains, un bon nombre d’Italiens tentèrent de masquer leur identité culturelle en anglicisant leur nom de famille.

Ensuite, vint la dernière vague d’immigration; celle de l’après-guerre. « L’une des grandes vagues d’immigration des Italiens au Québec correspond à la période d’après-guerre qui avait mis l’économie de leur pays en déroute et qui avait mis plusieurs d’entre eux à la recherche d’un meilleur niveau de vie» révèle M. Giuseppe Manno, président du Congrès national des Italo-Canadiens de la région du Québec, l’ancienne Fédération des associations italiennes du Québec. (PRÉCOURT, 1993) Après la Seconde Guerre mondiale, la pénurie généralisée de main-d’œuvre provoquée par l’essor économique attira, une fois de plus, l’immigration italienne. À cette période, environ 70 % des immigrants de l’après-guerre étaient des Italiens. (BOISSEVAIN, 1971) L’immigration en chaîne massive des membres de la famille était devenue si populaire qu’en 1958 l’Italie était le principal pays source d’immigrants, devant la Grande-Bretagne. Les Italiens immigrants étaient tellement nombreux que le gouvernement fédéral mis en place une nouvelle politique d’immigration qui devait restreindre le nombre d’Italiens arrivant au Canada. Entre 1947 et 1983, le Canada accueillit plus de 20 000 Italiens par année, un sommet étant atteint en 1966 avec 30 000 arrivées. Au cours de cette période de 36 ans, le nombre d’Italiens au Canada tripla, passant de 150 000 à 450 000. Avant la Deuxième guerre mondiale, Montréal était la destination de prédilection des Italiens. Toronto l’a remplacée après la guerre.

De nos jours, 62 % des Italo-Canadiens vivent en Ontario. D’après le recensement de 1996, 729 455 Canadiens se disent d’origine italienne. (Gouvernement du QC, 2003) Les nouveaux venus se sont regroupés, et avec chaque nouvelle arrivée, les quartiers ont pris un caractère italien encore plus distinctif. Ces quartiers ont été désignés sous le nom de « petites Italies ». Au départ, les autres Canadiens ont donné une connotation funeste à ce terme, mais les Italiens l’utilisent maintenant avec fierté et le font même figurer sur les plaques de rue.

D’ailleurs, les premiers Italiens à s’installer à Montréal se sont regroupés dans le quartier appelé aujourd’hui « Petite Italie » situé dans les environs de la rue St-Laurent et Jean-Talon. Le marché Jean-Talon était, au début, la création des Italiens et celui-ci produisait surtout des légumes au parfum méditerranéen.

Par la suite, ils se sont concentrés dans le quartier de St-Léonard, on l’appelle la nouvelle «Petite Italie». Ce quartier a vu les nouvelles vagues d’immigrants italiens, arrivés dans les années 60, et ceci pour plusieurs raisons. D’une part, le projet de construction domiciliaire, piloté par des entreprises dont les propriétaires étaient eux-mêmes des néo-canadiens d’origine italienne; d’autre part, l’entrée des premiers italo-léonardois sur la scène politique municipale; et enfin le déménagement en 1965 de la paroisse italienne Madona del Carmine de Montréal vers Saint Léonard.

3. MÉMOIRE COLLECTIVE

La mémoire collective d’une communauté se perçoit comme une interaction entre la mémoire de l’Histoire et la mémoire individuelle dans un espace défini. Celle-ci est importante dans la prise de conscience des individus de leur appartenance à une identité propre. Les valeurs morales qui se perpétuent par l’éducation au sein de la famille sont un volet fondamental de la mémoire collective. Bien souvent, les lieux sont essentiels à l’identification parce qu’ils sont symboliques et porteurs de valeurs sociales. Les monuments, le nom des établissements, les commerces, les symboles nationaux, les paysages urbains, les lieux de culte sont autant de signes qui maintiennent les traditions, qui consolident le patrimoine et qui entretiennent la mémoire collective.
Afin de constater par nous-même, l’intensité de l’identité italienne à Saint Léonard, nous nous sommes rendues, jeudi 19 mars, au cœur du quartier. Au cours de notre visite, nous avons pu constater la vivacité du nationalisme des italiens et leur appropriation du quartier grâce à des entretiens et grâce à une observation attentive des lieux.

À Saint Léonard, la population italienne est une forte minorité qui s’est approprié le quartier. Leur sentiment d’appartenance est particulièrement fort, et est visible dans le maintien de la langue italienne dont les sonorités sont omniprésentes (journaux, nom des établissements, langue maternelle usitée…) et dans l’organisation sociale que les italiens ont instaurée dans le quartier. C’est en retraçant notre parcours dans le quartier que nous allons tenter de démontrer la force de la mémoire collective des Italiens dans l’ancienne ville de Saint Léonard.

Les valeurs morales
Notre découverte du quartier a été agrémentée de rencontres avec des habitants du quartier d’origine italienne. Ces entretiens nous ont permis de discerner les principales caractéristiques des immigrants italiens. Les valeurs traditionnelles des Italiens sont basées sur le triptyque Famille, Éducation et Religion.
Au cours de nos entretiens, nous avons pu distinguer deux types d’immigrants italiens : les pluralistes et les traditionalistes. Le garagiste interrogé s’est avéré être pluraliste.

Il maîtrisait correctement le français et l’anglais, semblait parfaitement intégré à la vie du quartier et avait des facilités pour entrer en contact (saluait les passants). Les origines italiennes étaient particulièrement visibles dans le simple fait que son entreprise était familiale (il travaillait avec son fils). De plus, un drapeau italien était érigé au coin de son garage (voir ci-dessous). Le récit de son histoire nous a laissé entrevoir sa fierté d’être italien, mais également son désir de s’adapter à son pays d’accueil.

Le gérant de la pâtisserie était plus traditionaliste. En effet, il prônait davantage des valeurs typiquement italiennes. Ainsi, il attribue l’existence du quartier Saint Léonard aux Italiens («les Italiens ont fabriqué Saint Léonard»), il met en valeur ses origines italiennes («Ici, l’Italien est toujours important») mais clame également sa fierté d’être né à Montréal («Je suis né à Montréal, et mon pays, c’est Montréal. J’aime Montréal et je suis fier d’être né ici»). Au cours de l’entretien, il s’est d’abord défini comme Italien, puis comme Montréalais. De plus, il reconnaît les valeurs québécoises mais privilégie ses valeurs italiennes qu’il juge supérieures.

Au delà des clivages entre pluralistes et traditionalistes, nous avons pu constater des discours semblables. L’importance de la famille a été évoquée à maintes reprises : la plupart des relations sociales sont entretenues dans la sphère familiale au sens large. Puisque les relations se limitent au quartier, le sentiment d’appartenance à ce dernier en est plus fort. Le taux important de participation des enfants d’origine italienne aux activités du quartier illustre cette idée.

La langue italienne
Tout d’abord, nous avons constaté l’utilisation courante de l’italien, la langue maternelle. Lors des entretiens, nous avons pu répertorier de nombreuses expressions italiennes. Il nous semble important de souligner le réflexe des personnes interrogées de vouloir nous parler en anglais. En effet, les immigrants viennent à Montréal dans l’espoir de trouver du travail. Dans cette perspective de recherche, parler anglais est recommandable. C’est pour cette raison qu’ils ont privilégié et privilégient l’apprentissage de cette langue au détriment du français. (aujourd’hui, l’immigration italienne se dirige vers Toronto à cause de la loi 101). Il faut savoir que les langues maternelles non officielles sont les plus représentées au sein de la population de Saint Léonard : elles comptent près de 54% de la population totale. L’italien est bien évidemment la plus importante, représentant 33% de la population. Néanmoins, le français, en tant que langue maternelle, est parlé par 39% des habitants du quartier; ce qui est bien au dessus des 7% d’anglophones. (statistiques http://st-leonard.ville.montreal.qc.ca/)

Dans une boulangerie–pâtisserie-charcuterie gérée par des italiens, nous nous sommes plongées quelques instants dans la culture italienne : nous étions entourées de groupes de québécois d’origine italienne qui ne communiquaient qu’en italien! Cette volonté d’entretenir la langue maternelle italienne est encore plus visible dans la presse du quartier. En effet, le journal local intitulé l’Événement est trilingue : italien, français et anglais. Italo est également un périodique qui est rédigé en italien essentiellement (avec quelques articles en français ou anglais); la presse locale alimente le sentiment nationaliste italien dans le quartier Saint Léonard. Les brochures sont elles aussi trilingues.

La rédaction des prospectus et des journaux en italien est un facteur déterminant dans l’entretien de la mémoire collective. Les Italiens s’affirment et sont reconnus en tant que forte minorité dans le quartier. L’utilisation publique de cette langue non-officielle l’établit dans le quartier et renforce ce sentiment d’appartenance des Italiens à cette «Nouvelle petite Italie».

Toutefois, notre exploration de la mémoire collective des Italiens à Saint Léonard s’est enrichie lorsque nous avons tenté de tisser la toile de l’organisation sociale des Italiens dans le quartier. L’organisation, la participation et le sentiment d’appartenance sont des éléments déterminants dans l’entretien de la mémoire collective, et donc dans la constitution de l’identité d’une communauté.

La religion
La grande majorité des habitants du quartier (80,7% par rapport à une moyenne de 63,8% des Montréalais) pratiquent la religion catholique, religion qui est celle de la majorité des Italiens. La prédominance de la religion catholique romaine est visible dans la nature des lieux de culte : actuellement il n’y a pas d’autres lieux de culte recensés autres que quatre églises catholiques.

L’organisation sociale
La communauté italienne est considérablement représentée dans le milieu politique. On peut remarquer la présence de nombreux Italiens tels que Franck Zampino, maire de l’arrondissement de Saint Léonard, et ses adjoints Mario Battista ou R. Zambito. Lorsque l’on observe la liste des maires qui se sont succédés dans l’ancienne ville de Saint Léonard, on peut noter la présence récurrente de maires d’origine italienne.

L’omniprésence de dirigeants politiques italiens dans l’ancienne ville a favorisé la création d’établissements sociaux fortement marqués par l’identité italienne. Ceci est remarquable, dans les années 60, par l’initiative d’un groupe de Montréalais, dont la majorité était d’origine italienne, rassemblés dans la coopérative d’habitation de Montréal pour construire un vaste ensemble domiciliaire; ce qui a permis à un ensemble de travailleurs immigrants italiens à revenus modestes d’avoir accès à la propriété. La création de ces habitations par les Italiens et pour les Italiens, a eu des conséquences sur l’architecture des maisons, et notamment par la présence de petits jardins. Ces derniers renvoient à l’une des habitudes de vie caractéristique des Italiens qui est de cultiver ses propres légumes. Cette tradition est aujourd’hui atténuée à cause du mode de vie nord-américanisé.

L’arrivée d’un grand nombre d’Italiens a engendré un besoin en infrastructures publiques, telles que l’hôpital Santa Cabrini. Ce dernier a la particularité d’être trilingue, français, anglais et italien. L’implantation des Italiens dans le quartier a également nécessité la mise en place d’infrastructures privées au sein desquelles la culture italienne est fortement imprégnée. On peut citer, parmi ces institutions, la Caisse Populaire Canadienne Italienne, la Banque Nationale Italienne, des agences d’assurances tel que l’assurance Cianciulli & associés…

Depuis quelques années, grâce à la Fondation Communautaire Canadienne-Italienne du Québec, le centre Leonardo da Vinci permet de faire perdurer la culture italienne dans le quartier même, et de la faire rayonner dans l’ensemble de la ville. Ce centre communautaire et culturel est un établissement incontournable pour la communauté italienne, tant par sa position stratégique (situé au cœur du quartier, près de l’hôtel de ville et de la bibliothèque), que par sa symbolique (son nom fait hommage au célèbre peintre et inventeur de la Renaissance italienne). Ce centre promeut la culture italienne par le biais d’activités (projections cinématographiques, pièces de théâtres et de musique d’artistes italiens…).
Lors de notre visite, nous avons été choquées par la présence constante de symboles nationaux, tels que les drapeaux de l’Italie, les couleurs vert blanc rouge utilisées dans la décoration de restaurants et de commerces, le symbole de l’étude des proportions de Léonard de Vinci… Tous ces symboles sont la preuve de la ferveur du nationalisme italien dans le quartier.

On peut aussi citer à ce propos la présence d’une mafia italienne qui s’est installé dans ce quartier en même temps que ces habitants. Un de ces chefs, Vito Rizzuto, a été d’ailleurs récemment arrêté. L’importance de la communauté italienne a modifié le paysage de Saint Léonard, notamment au travers des commerces typiquement italiens : beaucoup de pâtisseries spécialisées dans la confection de produits italiens (Boulangerie pâtisserie charcuterie Amaretti), de nombreux restaurants de gastronomie (Ristorante La spuntino), magasins de mode (création Angelo). Cependant, cette prédominance a tendance à s’estomper avec l’arrivée de nouveaux immigrants (asiatiques, Haïtiens, arabes…). Ceux-ci s’installent peu à peu dans le quartier et ouvrent des commerces liés à leurs origines (boucherie halal).

CONCLUSION

A l’aide d’entretiens, de dossiers de presse, d’observation sur le terrain et d’archives, nous avons pu retracé la mémoire collective des Italiens de Saint Léonard : nous avons tout d’abord orienté notre recherche vers la mémoire historique à laquelle nous avons confronté la mémoire individuelle des immigrants italiens. Cette étude nous a permis de constater l’appropriation du quartier par la communauté italienne. Ces derniers ont considérablement modifié la paysage culturel par différents moyens : la présence de la langue italienne, de symboles nationaux, par l’implantation de commerces typiquement italiens… La construction du quartier Saint Léonard a grandement été influencée par la minorité majoritaire italienne. Toutefois, depuis quelques années, le quartier semble subir des mutations. En effet, les nouveaux immigrants de ce quartier viennent d’horizons diverses (Haïtiens, arabes, asiatiques…). Cette nouvelle vague d’immigrants modifie le paysage culturel du quartier en lui apportant couleurs et diversités. Elle propose à Saint Léonard un nouveau visage multiethnique.

Bibliographie

ARRANGIARSI, A., The Italian immigration experience in Canada, éd. Guernica, Montréal,1992.

BIZIER, H-A & LACOURSIERE, J., 100, Ville de Saint Léonard 1886-1986, les albums souvenirs.

BOISSEVAIN, Jeremy, Les Italiens de Montréal, Éd. De la commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Montréal, 1971, 87 p.

Gouvernement du Québec, relation avec les citoyens et immigration, Communauté culturelle du Québec :La communauté Italienne, Québec, 2003, Adresse URL :
http://www.mrci.gouv.qc.ca/quebecinterculturel/fr

La division de communication de la ville de Saint Léonard, archive de la ville de Saint Léonard, Saint Léonard, d’hier à aujourd’hui, décembre 2001.

PRÉCOURT, Diane, Nos amis les Italiens, Le Devoir, 26 mars 1993, adresse URL :
http://www.vigile.net/pol/minorite/ital1.html

RAMIREZ, Brunot, Les premiers Italiens à Montréal, éd. Boréale, Montréal, 1984, 136p.

RAMIREZ, Brunot, Les italiens à Montréal, éd. Boréale, Montréal, 1989, 28p.

Site officiel de la ville de Saint Léonard, adresse URL :
http://st-leonard.ville.montreal.qc.ca/

Statistiques Canada, Portrait statistique de la population du territoire du CLSC Saint Léonard, octobre 1998.

ANNEXES

 Film Caffè italia

 Entretiens

 Information Centro Leonardo Da Vinci

 Journal du quartier de St Léonard Italo de mars 2004

 Cartographie

Film « le caffè italia »

Ce film est de Paul Tana en 1985 qui a obtenu le prix du long métrage québécois de cette même année.

C’est par le biais de témoignages et de recherche d’archives que le réalisateur nous permet de comprendre le pourquoi et le comment de l’immigration des italiens à Montréal. Ce médium est aussi une manière de faire perdurer la mémoire collective.

Parmis les témoignages présentés dans ce documentaire, celui d’une femme italienne arrivée en 1954. Celle-ci éprouve des difficultés d’intégration. Elle nous explique qu’elle a dû quitter l’Italie en bateau pour effectuer un voyage vers les Etats-Unis d’une durée de 40 jours. De New York elle, ainsi qu’une grande majorité d’italiens, s’est rendue vers Montréal pour trouver du travail. Elle en a effectivement trouver en tant que couturière dans une usine. On apprend que bien que les nouveaux immigrants trouvaient facilement du travail (dans les chemins de fer) celui-ci était faiblement rémunéré, à hauteur de 2 dollars pour une journée de douze heures. La plupart des immigrant du début des années 1900 avaient, au départ, en tête la volonté de se faire de l’argent pour ensuite retourner vivre dans leur pays. Cependant les évènements qui suivirent les incitèrent a allonger leur séjour. La montée du fascisme dans les années 1930 avec Mussolini a par la suite stopper l’immigration. Ce dernier a envoyé le général Bilbao à Montréal en 1933 afin de montrer la puissance de L’Italie et de rapporter des lettres aux familles séparées. Dès 1940 où l’Italie rentre en guerre il y eu beaucoup d’arrestations d’italiens à Montréal. Certaines des personnes témoins expriment la difficulté d’être italien à cette époque.
Certains témoignages montrent l’idée préconçue de Montréal comme un ville d’avenir et de travail. Mais les idées se trouvent parfois en contradiction avec la réalité, et ce notamment à cause du facteur climatique.

Les témoins expriment l’importance de perpétuer leur tradition, notamment avec la nécessité de cultiver son jardin car cela est un lien direct avec leurs habitudes de vie. Cette volonté de perpétuer leur tradition se fait ressentir plus fortement car ils ont tirailler par une autre culture. Le marché Jean Talon est souvent cité.

Entretiens

Au cours de notre visite dans le quartier Saint Léonard, nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer des personnes d’origine italienne qui nous ont consacrer quelques minutes de leur temps pour nous dévoiler leur histoire personnelle et leur perception du quartier. Dans un français parfois hésitant et fortement marqué par les sonorités de la langue italienne, ils nous ont ouvert les portes de leur passé; ce volet de notre travail nous a facilité notre quête de la mémoire collective du quartier Saint Léonard. Il nous a permis de confronter ces récits avec les données historiques préalablement étudiées. Ainsi, nous avons interviewé un garagiste italien nationalisé québécois, un pâtissier québécois d’origine italienne et un animateur culturel.

Entretien avec le garagiste
Avant, la ville de Saint Léonard était essentiellement peuplée par des « irish » car ceux sont eux qui sont venus les premiers. Mais les Italiens ont toujours été présents sur le continent. Il y a d’abord eu Americo Vespucci, puis Christophe Colomb, et puis les Français menés par Jacques Cartier.

Mais nous les Italiens, nous sommes arrivés surtout après la deuxième guerre mondiale. C’est à ce moment qu’il y a eu la grosse «évacuation». Ce n’était pas seulement à cause de la pauvreté, mais parce que le monde avait besoin d’ouvrage : en Suisse, Allemagne, Brésil, Venezuela. Bref, un peu partout dans le monde. Mais le Canada, c’était une destination spéciale. Moi, je suis né en Italie et j’ai immigré ici en 1967. J’ai vécu en Allemagne, quand j’étais encore garçon en 1959. Pendant les années 60, quand je disais aux Allemands que je partais au Canada, c’était une grande histoire, je partais en Amérique! Le Canada était une des plus grosses destinations de l’époque. Maintenant, à cause des problèmes politiques et à cause du referendum, la destination privilégiée, c’est Toronto.

Entretien avec le pâtissier
Mes parents sont arrivés au Québec en 1950 pour avoir une meilleure vie. L’Italie souffrait à cette époque d’une surpopulation et d’un manque d’ouvrage. Ma mère vient de Milan et mon père est originaire de Naples, dans le sud. Quant à moi, je suis né ici, au Québec, alors je parle anglais, français et italien. Mes parents sont venus ici avec toute ma famille proche, sans même parler un mot de français, parce que les lois ont changé : avant on jugeait sur les valeurs morales, maintenant c’est différent. Mes parents ont donc traversé l’Atlantique pendant la grosse vague d’immigration. Ils sont venus directement à Montréal, mais pas dans le quartier Saint Léonard; nous avons d’abord vécu dans la Petite Italie. Puis, Saint Léonard, qui est un quartier plus nouveau, a été crée pour les Italiens parce que c’était le secteur italien. Ce sont les Italiens qui ont fabriqué Saint Léonard. Si vous voulez, Saint Léonard, c’est la «nouvelle petite Italie.» Les premiers Italiens qui sont arrivés à Montréal se sont installés dans la vieille petite Italie, puis dans les années 60, les Italiens ont construit les maisons et se sont installés ici.
Aujourd’hui, la population italienne est importante dans le quartier. Ici, l’Italien est toujours important. Il y a 25 ans, c’était vraiment fort. Maintenant, les Italiens se dirigent vers Toronto à cause de la langue. Souvent, on maîtrise mieux l’anglais que le français.
Ici, je fréquente beaucoup d’Italiens parce que je suis Italien. Je reste proche de ma famille et de mes amis du quartier. Mais depuis 5 ans, ça commence à changer. Il y a toujours beaucoup d’Italiens, mais les nouveaux immigrants d’origine arabe, chinoise, indienne sont de plus en plus nombreux. Le quartier devient multiethnique et ça se voit notamment dans les commerces qui deviennent plus variés.

Mais ce n’est pas parce que je suis un Italien dans un quartier italien que je veux finir ma vie ici. Et je ne souhaite pas non plus m’installer en Italie. Je suis né à Montréal, et mon pays, c’est Montréal. J’aime Montréal et je suis fier d’être né ici. Si je pouvais, j’irais peut-être vivre ailleurs avec mes amis. Mais je suis né ici, je connais le quartier et je l’aime. S’il faut que je change de mode de vie, je ne veux pas partir ailleurs. Regardez : au Nouveau Brunswick, ils ont vingt-cinq ans de retard dans leur façon de vivre. Ici, mentalement, il y a deux ans de retard sur l’Europe, que ce soit dans la mode, dans les valeurs ou dans les modes de vie. Mais ce n’est pas suffisant pour que je veuille aller en Italie. Mes parents sont ici, ma famille est ici.
Je ne suis allé qu’une fois en Italie mais j’aimerais y retourner prochainement avec mes filles pour leur montrer à quoi ressemble leur pays d’origine. Je crois qu’il est important qu’elles sachent à quoi ressemble l’Italie!

Entretien avec l’animateur culturel
Je suis né en Italie, j’ai émigré au Québec avec ma famille en 1958. J’ai fréquenté l’école anglaise, ensuite j’ai poursuivi mes études à l’Université McGill, où j’ai obtenu une maîtrise en 1971. Je travaille dans divers médias comme animateur culturel – principalement auprès des immigrés italiens de Montréal – et j’enseigne au Collège Vanier, où j’ai aidé à concevoir des cours dans le but de permettre aux étudiants italiens de se réapproprier leur culture, originellement paysanne et axée sur l’expérience migratoire, pour pouvoir prendre en main leur devenir québécois. Ma vie dans le quartier St-Léonard me plait, tout mon entourage incluant ma famille y habite. Je parle principalement l’anglais et l’italien avec mes proches. Je me sens chez moi ici, j’ai construit ma vie ici et je n’envisage pas de retourner en Italie. En allant dans le marché Jean-Talon et dans les épiceries italiennes, je retrouve mes racines.

Italianita – Remembering our roots / Recordando le nostre radici

The first of hopefully many series of songs and skits relating to our time growing up in Papineau – minority 1st Generation anglophone youths born to working-class Italian parents growing up in a Montréal after 1980 Referendum and during the 1995 Referendum. This is one of The Guys’ recounting of his experience.

The Fantastic Culture Clash between Nonna Pippina & her Grandson

4 years after my grandfather passed away, my grandmother, La Nonna Pippina, the benchmark for all things sarcasm, came to live at my house. My grandmother lived through hard times. Namely, during the allied raids for the liberation of Sicily, she ran to the mountains with her 3 & 2 year old son to seek shelter from the bombings. She was a hard woman, and would show you love through sarcasm and constructive?!-criticism. She was the ultimate mother hen. I loved her, like every grandson loves their grandmother, but sometimes she would make my round ones square. Sometimes, is an understatement. My cousins and I have spent countless hours recounting our own personal experiences with La Nonna Pippina, and I am sure you all have those special stories with your respective Nonna Pippinas. I guess this is my personal tribute to those momments when your round ones become so sqaure that they rip a hole through your favorite pants, that La Nonna Pippina va rippizari with a non-matching piece of cloth (blue polka dot dress) she found in her cloth bag.

Nonna Ungie Scarzare la Mingia (Take I)

Nonna Ungie Scarzare la Mingia (Take II)

Nonna Ungie Scarzare la Mingia (Take III)

Nonna Ungie Scarzare la Mingia (Take IV)

Nonna Ungie Scarzare la Mingia (Take V)

Ada Piciò (A Siciian tribute to Ed Lover’s C’mon Son)

C’mon Son is a phenomenon that took th internet by storm in 2009. Ed Lover speaks his mind about current events with his own very unique twist. Ada Piciò a Sicilian tribute Ed Lover’s online social commentary. Instead I took it from Hollywood to Cattolica, Eraclea, QC ie. Montreal. We all have the old uncle, aunt, dad, mom, Nonna that likes to talk about current affairs in their own community, family etc etc. Ada Piciò is a rendition of all those people who you know in your life that always have an opinion, no matter how outdated, and contrary to your beliefs. But as you know they are always right: ada piciò, la vo finiri cu sta minghiata, comu ti presenti. Tu pensi cha si chiu spertu di mia. SIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII, a hahahahahahaah. C’iau 30 anni supecchiu di tia, e vidica beddru me ti posso imparari comu marcianu li cosi. I by no means condone what my alter ego says, but you have to understand that someone who came off the boat, uneducated, and started working the minute they hit land, thats all they know. You try to make them understand, but its never going to happen. I guess you just laugh at it.

Ada Picio (Take I)

Ada Picio (Take II)

Ada Picio (Take III)

North Star

A song about that special person whose light guides you when its too dark to see. That beacon that shows the way home.

North Star (acoustic)

North Star (with drums)

Tengu nu Sciccareddru (The Lamenting Song)

How many times while growing up did my grandmother slap on old Sicilian records about u terrimoto du quarantasetti (the earthquake of ’51), the story of Salvatore Giuliano (Sicily’s Prince of Theives), the tale of the missing Donkey etc. The songs always had the same 3/4 waltzy beat, the singers always the same cadence, and the spoken word intro before ther singers kick in with their lament. I think the lament was the precursor to ’90’s Eurodance music when the white german guy posing as a black guy would rap before the girl with the airy voice would sing, all this back up by the one finger piano melody. I actually like both genres. One was instrinsic to my childhood as 1st generation italo-canadese boy in the Villeray Papineau area, the other the soundtrack to debauchery. Anyway, back in the 50’s, the car was taking over as the main means of transportation, but we couldn’t afford a car, nor a horse, so we had a donkey; this donkey was the ultimate companion, so obviously when your donkey would pass away or be rustled away by another sheep-herder, it sucked. This is the story of a man and his donkey.

Shekù Gennaro (Take I)

Shekù Gennaro (Take II)

Shekù Gennaro (Take III)

Shekù Gennaro (Take IV)